En quelques semaines un nouveau buzz word a fait son apparition : le brown out. (1)  Une nouvelle pathologie qui menacerait les travailleurs ? Elle serait engendrée par une démotivation causée par l’absurdité des tâches quotidiennes ! Du « Monde » jusqu’à « Marie-Claire », les médias s’en sont fait l’écho avec une rare similitude dans leurs titres … Là, je m’abstiens de tout commentaire.

Et Albert Einstein d’ajouter :  Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue.

Le Monde souligne que l’univers du travail ne cesse de produire de nouvelles maladies qui seraient la résultante « des tortures infligées au salarié » ! Ainsi, nous connaissons tous le célèbre burn out, le syndrome d’un épuisement professionnel : une épidémie apparue au début de ce millénaire causée par un harassement ressenti ou subit, selon des sources … bien informées.

A la lecture de ces articles, j’ai découvert également le bore out. Cette pathologie aurait les mêmes effets que le burn out dont l’ennui ou le manque de travail en seraient les causes principales. Malgré ce que pourrait faire croire ce néologisme, cette maladie remonte à bien des siècles depuis que l’administration existe et elle n’a toujours pas été éradiquée.

Mais revenons-en au brown out et l’origine de  néologisme.
« Dans leur ouvrage The Stupidity Paradox (2), André Spicer et Mats Alvesson étudient cette mécanique surprenante qui veut que les entreprises recrutent des diplômés brillants pour exiger d’eux, au final, qu’ils mettent leur cerveau en sommeil.» (3)

De nombreuses actions répétées telles le caractère rebutant des projets, l’obligation de se prosterner devant les chiffres, la participation au développement du « meilleur des mondes »,  heurtent les valeurs profondes de ces collaborateurs. Elles sont le milieu de culture  du brown out. Elles les amènent insidieusement  à un désinvestissement, résultat d’une démotivation progressive. Selon ces chercheurs, en ignorant les nombreuses incertitudes et les contradictions qui sévissent au travail, les gens sont en mesure de veiller à ce que les choses fonctionnent relativement bien.

Cela engendre une forme de commodité pour ne plus faire face à « une vérité qui dérange». « Savoir ce qu’il faut savoir, mais aussi ce qu’il convient de ne pas savoir sont des compétences cruciales que les employés d’une entreprise se doivent d’acquérir rapidement. »

Ces deux chercheurs constatent que les dirigeants recommandent de ne pas penser  trop. Ils encouragent d’accepter des hypothèses étroites, de ne pas trop poser de questions et surtout d’éviter d’avoir une réflexion plus large sur le sens de leurs actions. Pourrait-on croire que pour réussir dans une entreprise vaudrait-il mieux être stupide ? Alors pourquoi certaines entreprises cherchent-elles à embaucher des sur diplômés ? Pour Spicer, « pour réussir les grandes entreprises ont besoin de conformisme. Mais pour avoir une bonne image dans le monde extérieur, l’entreprise doit aussi paraître intelligente. C’est là où il peut y avoir un conflit, puisque les gens intelligents refusent souvent le conformisme». Et de conclure que « le marché du travail est inondé de gens diplômés et cultivés – ce qui est très bien en soi –, mais ils font face à des jobs qui  ne demandent que quelques jours d’apprentissage, rien de plus ».

D’où cette terre fertile au développement du brown out : des salariés frustrés qui se sentent sous-exploités mais qui l’acceptent. Ils doivent savoir qu’en intégrant une grande entreprise, ils devront accepter n’être qu’un maillon interchangeable qui ne fera rien d’autre qu’une tâche précise que des gens ont décidé pour eux. Inutile de rejoindre un grand groupe pour autre chose que l’argent, la sécurité (?) et les évolutions de (profonde) « carrière ».

Cependant, lorsque les avis divergent, Spicer et Alveson reconnaissent que la bêtise évite que toutes les décisions soient remises en cause ou non-exécutées. Elle permet la collaboration à grande échelle malgré des intérêts individuels parfois divergents. Mais les décisions absurdes, les ordres exécutés sans réflexion, les jeux politiques qui empêchent le travail de se faire… l’histoire regorge d’entreprises dont la perte a été causée par l’un de ces phénomènes liés à un manque de lucidité des dirigeants ou des collaborateurs. C’est tout le « paradoxe de la stupidité » savoir où placer le curseur ?

Sachant que « Rien n’est plus proche du vrai que le faux« , laissons à Albert la conclusion.

Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton.
Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur s’ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.
Le monde est dangereux à vivre !  Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.

Notes :

  1. Près de 10% des travailleurs souffrent d’un réel burn-out. Deux travailleurs sur trois disent ressentir un excès de stress au travail. (source)
  2. The Stupidity Paradox : The Power  and Pitfalls of Functional Stupidity at Work Paperback – April 11, 2017  by Mats Alvesson (Author), André Spicer (Author)
  3. Le Monde

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