« Le management d’aujourd’hui est un management du 19ème siècle qui n’est pas du tout en adéquation avec les outils du 21ème siècle ».

Cette phrase prononcée par Fabrice Bonnifet, durant l’un des derniers événements organisé par le Magazine Green Innovation, résume assez bien les difficultés que rencontrent les entreprises actuellement.

Selon une étude TNS SOFRES de 2017, 92% des Top managers estiment que les pratiques managériales doivent changer. Ce chiffre corrobore les propos de Fabrice Bonnifet, Président du C3D, et rend bien compte de la situation managériale des entreprises contemporaines. Il confirme aussi la nécessité de la révolution du système de management qui est en marche. Pour Béatrix Jounault, de La Fabrique Spinoza, ce manque d’actualisation des méthodes managériales se ressent dans « la difficulté qu’ont les entreprises à recruter les nouvelles générations mais aussi à capitaliser sur l’expérience des seniors ».

Alors qu’est-ce que l’entreprise du 19ème siècle et quels sont les besoins de l’entreprise du 21ème siècle ?

L’entreprise du 19ème siècle, un modèle obsolète

Nous constatons (trop) souvent un décalage entre les systèmes managériaux hérités des entreprises dites de production de la fin du 19ème et les changements sociétaux du 21ème siècle. En fait, le management et la structure de l’entreprise du 19ème sont le reflet de la hiérarchie militaire : organisation pyramidale, structure définit et non flexible, management dur, statut représentatif de pouvoir, contrôles et surveillances des employés.

Ces systèmes hiérarchiques et ces structures d’entreprises sont de plus en plus décriés aujourd’hui. Ils ne permettent pas l’épanouissement du collaborateur et peuvent nuire à sa créativité, sa qualité de vie au travail et donc à sa productivité. Nombreuses PME et ETI ont compris cela et, à l’instar des Startups pour qui cela est inscrit dans les gènes, ont déjà commencé à changer leurs méthodes de management. Pourtant, encore trop souvent, lorsque ces entreprises grandissent, elles imitent automatiquement les codes et les hiérarchies des grandes entreprises. Ainsi se répètent les mêmes modes de management, faisant perdurer les problématiques liées au travail en entreprise.

Pour y remédier, il est important de mieux comprendre les besoins de l’entreprise du 21ème siècle.

Quelles perspectives pour l’entreprise du 21ème siècle?

De toute évidence, comme le disait F. Bonnifet, « nous arrivons à l’asymptote du système ». Un renouvellement est donc nécessaire plus en adéquation avec les valeurs et les outils de notre siècle.

L’entreprise du 21ème siècle doit se défaire des anciennes structures trop oppressantes, contrôlantes et stérilisantes. Elle doit laisser place à de nouvelles valeurs de confiance et d’autonomie du collaborateur qu’il est essentiel de revaloriser notamment grâce à l’organisation de l’entreprise. De fait, leur place et leur implication dans le processus de changement est primordiale. Comme le soulignait Philippe Morel, Président Hozhoni Conseil : « on ne peut pas réinventer un modèle sans l’aide des collaborateurs ». En fait, l’entreprise du 21ème siècle se doit de posséder plusieurs nouvelles qualités.

Tout d’abord, elle doit être adaptable et porteuse des valeurs de son temps qu’elles soient sociales, environnementales ou autres. De plus, il est impératif qu’elle soit en adéquation avec les outils et les technologies actuelles. Rien de surprenant ici, les nouvelles technologies font pleinement parties de nos vies. Il semble donc logique que ces mêmes technologies permettent de faciliter notre travail.

Toujours plus loin… mais jusqu’où?

Mais les entreprises doivent aller plus loin! Outre l’intégration des nouveaux usages et des engagements qu’elles portent, il faut qu’elles participent au bonheur et à l’épanouissement de l’individu; répondent aux besoins de liberté et de mobilité. En fait, créative par essence, l’entreprise du 21ème siècle doit être vectrice de bien-être.

Rappelons ici la définition du bien-être: d’après Wikipédia, “le bien-être est un état lié à différents facteurs considérés de façon séparée ou conjointe : la santé, la réussite sociale ou économique, le plaisir, la réalisation de soi, l’harmonie avec soi même et avec les autres“. Vaste challenge pour les chefs d’entreprise si l’on s’en tient à cette définition d’autant que, soyons honnête avec nous-même, nous ne sommes pas dans un monde Bisounours. Assurer la pérennité de son entreprise tout en garantissant le développement personnel de ses salariés n’est pas un mince défi.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore découvert en librairie, le nouvel essai de l’écrivain Laurent Nunez “Il nous faudrait des mots nouveaux” (paru aux éditions du Cerf le 23 Août) met en avant une liste de nouveaux mots qu’il nous faudrait adopter à l’appui de la mise en exergue de certains faits croustillants. Comme par exemple le fait qu’avant 1914, un paysan ou un ouvrier français vivait 500.000 heures, travaillait 200.000 heures, et dormait 200.000 heures également. Il lui restait donc 100.000 heures pour tout le reste. Aujourd’hui, en France, l’espérance de vie est de 700.000 heures; nous travaillons 70.000 heures, étudions 30.000 heures, et dormons deux heures de moins par jour qu’avant 1914… Il nous reste donc 400.000 heures pour tout le reste (apprendre, aimer, prier, boire, rire, lire, voyager…). MAIS attention, le fait de disposer de 300.000 heures de plus que nos ancêtres pour faire ce que bon nous semble nous stresse (d’où la création d’un nouveau mot : Freizeitstress). Eh oui la nature humaine a horreur du vide!

En étant bien conscient de cela, l’un des défis de l’entreprise actuelle est donc de faire en sorte que le travail ne soit plus “une torture”, comme son étymologie tant à l’indiquer (Travail : du latin tripalium, qui était un instrument de torture à trois pieux). Il doit être libérateur et source de bonheur pour chaque individu que nous sommes.

L’alchimie du bonheur au travail

Pour F. Bonnifet, il y aurait trois conditions au bonheur dans nos entreprises :

  • Le cadre de l’entreprise : il doit être libéré ! Il faut partir du principe que le collaborateur sait comment faire plaisir au client et qu’il est digne de confiance;
  • Les conditions morales : le rôle, le comportement et le langage des managers doit être plus compréhensif et moins directif; le dialogue et l’équité doivent être favorisés;
  • Les conditions matérielles : les espaces et outils de travail doivent être repensés et optimisés.

Ces conditions peuvent régir la réflexion des chefs d’entreprise d’aujourd’hui sur leur propre structure. Pourtant, cette réflexion nous mène vers un nouveau débat : celui de l’adaptabilité d’un modèle unique de management.

Nous nous trouvons donc devant une question majeure. Existe-t-il un modèle unique d’entreprise qui permettrait de maximiser le profit? La productivité et le bonheur de ses collaborateurs sont-ils être véritablement liés ?

… La suite à découvrir dans notre prochaine chronique!

Danesh Kermabon-Haq & Corinne Estève Diemunsch pour DOCaufutur