GraphExpo-2012 

Graph Expo 2012 reflète les interrogations et les pistes de réflexion d’une industrie confrontée à la crise et à la concurrence du Web.

 

Près d’un quart du chiffre d’affaire réinvesti en R&D, une croissance à trois chiffres du volume d’affaires en Amérique du nord sur les douze ou vingt quatre derniers mois, les spécialistes français de l’industrie graphique et de l’éditique implantés aux Etats-Unis vivent une période atypique. Les Etats-Unis ont traversé la même crise que nous en Europe, analyse Jean Philippe Khristy, directeur du développement commercial pour Sefas, mais les clients et les industriels n’ont pas réagi de la même façon. De l’avis de tous les acteurs français participants à cette édition 2012 de Graph Expo, il suffit de se promener dans les allées du salon pour constater cette différence. Pas un stand, ou presque, où l’intégration des données variables ne soit pas à l’honneur. Pour la deuxième année consécutive, un village entier était même consacré au marketing ou plus exactement aux outils et aux services qui permettraient aux imprimeurs d’hier de devenir des fournisseurs de services plus intégrées. Même si le concept reste malgré tout encore assez flou, il traduit assez fidèlement les interrogations de toute une industrie. « La concurrence aujourd’hui, ce n’est pas forcément le voisin qui fait le même métier que vous, ce sont les réseaux sociaux et le web », averti Ismaël Abbas, directeur des ventes d’Axode.

 

A la recherche de nouveaux repères

Face à la concurrence du web, des réseaux sociaux et des terminaux mobile, l’industrie graphique traditionnelle est bien consciente qu’elle doit s’adapter. La difficulté principale semble être de savoir quelle direction prendre. Sur leurs stands, les grands constructeurs ont choisi de porter le regard le plus loin possible, vers cet horizon 2020 déjà tracé par les études comme celle d’Infotrends en 2011. Intitulée « Stratégies évolutives de workflow pour l’impression », l’étude identifie quelques pistes pour l’avenir : impression à la demande, production en juste à temps, services multicanaux, et même technologies Web, réseaux sociaux et mobiles. D’un stand à l’autre, c’est une grande diversité de futurs et de défis qui se dessine. Ron Friedman, directeur général de l’éditeur allemand Compart, pointe l’enjeu crucial de consolidation des flux de documents, quelle que soit leur origine, pour n’imprimer que ce qui a une réelle valeur stratégique. Le français Axode, quant à lui, se concentre sur le contrôle de conformité des documents. Le belge Enfocus présente quant à lui la dernière version de ses outils d’optimisation PDF. A proximité, une autre société belge, Esko, profite d’une petite révolution sur le salon. Pour la première fois, un espace dédié est réservé sur le salon aux technologies d’impression de packaging. Nouveaux métiers, extensions des métiers existants, Graph Expo 2012 dessine en creux le portrait d’une industrie graphique qui peine à se trouver de nouveaux repères.

 

Les leçons de l’Europe

« Le client a forcé l’industrie à changer radicalement ses modes de fonctionnement : avant le client imprimait pour vendre, maintenant, il vend d’abord, et imprime ensuite, c’est totalement différent ! », décrypte Victor Abergel. Pour le directeur général de MGI Graphics, les sociétés de plus petite taille, ce qui est le cas de tous les constructeurs et éditeurs français ou européens présent cette année à Graph Expo, sont mieux à même de tirer rapidement les leçons de ce profond bouleversement. Mais elles le font d’une façon bien plus pragmatique que les grands constructeurs, et c’est ce qui justifierait leur dynamisme atypique dans un contexte pourtant moins favorable. Nous arrivons aussi avec l’expérience du marché européen, avertit Jean Philippe Khristy, directeur du développement commercial de Sefas. L’industrie graphique du vieux continent a été frappée plus tôt que son homologue américaine par la crise et sa propre surcapacité de production. Dans un marché saturé, le plus important n’est pas de vendre quelque chose de nouveau, c’est de vendre autrement, poursuit Jean Philippe Khristy. Les sociétés françaises rencontrées sur Graph Expo 2012 partagent plus ou moins ce sentiment d’avoir, grâce au contexte européen, une petite avance sur leurs concurrents américains en termes de compréhension des attentes de la clientèle. Peu ou prou, toutes les innovations poursuivent le même objectif : faire aussi bien, sinon plus efficace, mais de façon plus rationnelle et plus économique. Chez MGI, la partie se joue sur le terrain technique avec une petite révolution qui ne passera sans doute pas inaperçue chez les grands constructeurs : la PME française vient de consacrer 7 ans à développer ses propres têtes d’impression jet d’encre, conçues pour être de simples consommables là où les grands constructeurs les considèrent encore comme des pièces détachées. Chez Sefas, c’est sur le modèle de vente que l’on réfléchit activement. « Dans le futur, les logiciels se vendront comme les forfaits de téléphone mobile aujourd’hui. Les clients voudront payer à l’usage ou au clic, mais ils exigeront toujours une qualité irréprochable du service et un accompagnement personnalisé », anticipe encore le directeur du développement commercial.

Paul PHILIPON